D'Astorga à Santiago
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Lundi 19 septembre

3h20.

Je pars de nuit pour arriver à Santiago en début de journée.

Je marche au clair de lune avec Orion au sud. il fait froid.

Les chiens aboient lors des traversées de village. La foret, au début très sombre, parait bien inquiétante, mais progressivement se laisse apprivoiser. Progresser à travers les grands eucalyptus devient un plaisir.

5h00.

Aéroport de Santiago. Les avions ne décollent pas encore. Tout est calme. Le chemin contourne la fin de la piste, ou plutôt la piste a pris la place du chemin.

6h00.

Bâtiments de la TV de Galice. On y travaille déjà.

7h30.

Monte del Gozo. Le monument des pèlerins érigé pour la venue du pape au début des années 90. Le jour commence à poindre.

8h00.

Petit déjeuner au self de la « petite » albergue de 500 à 800 places du Monte del Gozo.

8h15.

Descente vers Santiago. Traversée des périphériques.

8h45.

Au couchant de lune et au lever du soleil je prends en photo la pancarte routière de la ville de Santiago. Une habitude prise en chemin, de photographier chaque ville-étape, pour classer les photos par la suite. Sauf que celle-ci est la dernière.

8h50.

Je traverse le parc du Palais des Congrès ... et je me trompe de chemin. Comme toujours dans ces cas-là, un Espagnol est là pour me remettre sur le bon.

9h00.

Je m'engage dans la Calle San Pedro, le dernier kilomètre.

Dieu que les derniers pas sont légers quoiqu'un peu fébriles.

9h05.

Puerta del Camino, puis Calle Casa Reales. La vieille ville commence. Santiago s'éveille. Les enfants vont à l'école, quelques bars ouvrent, les livreurs déchargent leurs marchandises. La vie normale quoi, mais contempler tout ça après 1500 km et 66 jours de voyage a un parfum tellement agréable. La réalité est belle.

9h07.

Soudain l'émotion me submerge, les larmes ne sont pas loin.

Reviennent tous les souvenirs de ces milliers de moments parfois drôles, parfois beaux, parfois enivrants, mais parfois durs et toujours ce désir, cette nécessité d'aller de l'avant.

9h10.

Plaza de Cervantes puis Calle Acebacheria. La rue descend.

Santiago est une ville de collines mais la Cathédrale n'est pas visible pour le piéton. Graziella, une Italienne rencontrée en chemin m'appelle. Elle est arrivée la veille et m'invite à prendre un café avec elle. Je la remercie poliment mais je continue mon chemin, le but est à quelques pas !

9h15.

Un dernier porche. Une grande place dans l'ombre très fraîche du matin. Je marche vers le fond de la place et en me retournant je découvre l'imposant monument. Evidemment c'est un moment de félicité intense quoique d'un très grand calme.

Peut-être celui qu'éprouve une femme après un accouchement quand tout s'apaise.

Et voila, c'était hier. Depuis la vie a repris ses droits. Les bus espagnols sont en grève alors il faut trouver une solution pour quand même aller jusqu'à l'océan, au Cap Finisterre, là où par tradition on va brûler ses vêtements et ramasser une coquille Saint-Jacques qui atteste que l'on a été jusqu'à Compostelle.

C'est aussi les retrouvailles. Ceux qui avaient pris un jour d'avance, ceux qui arrivent un jour plus tard. Le chemin est tout sauf une aventure solitaire, on le fait seul, à plusieurs.

Je ne vous ai pas parlé des dernières étapes : Astorga et son hospitalero un peu rebouteux, Foncebadon, village en ruines à 1400 m d'altitude où seul l'albergue adossée à l'église (dans laquelle j'ai dormi) et deux restaurants existent, Ponferrada que l'on atteint après avoir passé le point le plus haut du chemin, la Cruz de Ferro en ayant eu soin d'y déposer la pierre amenée de chez soi, Villafranca del Bierzo et ses hospitaleros plus excités que des Italiens (dixit par un Italien), O Cebreiro, petit village d'altitude qui marque l'entrée en Galice et offre un panorama extraordinaire après une montée d'une rudesse redoutable, Triacastela, pour se reposer de la longue descente, Sarria, avec sa jolie petite rue "portugaise" où l'on passe l'après-midi à siroter des bières, Portomarin où je suis arrivé plus mort que vif ( 500 mètres en une demi-heure ! un vrai calvaire), Palas de Reis et son concert délirant (à 2 heures du matin, 5 musiciens et 4 spectateurs ... qui gardaient la ville gentillement éveillée), Ribadiso de Badio, une superbe albergue en pleine campagne, au bord d'un rio, avec les vaches et tout et tout, et Arca au bord de la nationale pour quand même reprendre quelques forces avant la dernière ligne droite.

Ce soir c'est la fête. Leonardo a tenu son voeu de ne plus boire de vino tinto ni de cerveza jusqu'à Santiago pour que sa tendinite guérisse (ça a plus ou moins marché) mais il en est maintenant libéré (de son voeu, pas de sa tendinite ...), Ben fait la fête tous les soirs et puis et puis c'est l'heure de mon rendez-vous.

A bientôt pour l'épilogue ... et les retrouvailles.

Grosses bises a tous.

Olivier