| De Saint Jean Pied de Port à Santo Domingo de la Calzada |
Buenos dios, Guten Tag, Bonjour, Good morning, Konichiwa (en japonais),
En fait l'espagnol en Espagne ça ne suffit vraiment pas sur le Camino Frances (c'est le nom du chemin de Saint-Jacques qui parcourt le Nord de l'Espagne).
On y rencontre en cette saison des peregrinos d'Espagne bien sûr mais aussi d'Allemagne, de Hollande, du Québec (beaucoup), des Usa, du Japon, d'Italie et bien sûr de France.
On commence une conversation dans une langue et on la finit dans une autre avec plus ou moins de bonheur.
Il faut commencer par apprendre le "ola" espagnol, avec l'accent placé au bon endroit, bien traînant, (les accents sur les claviers ils ont eux disparu !) suivi d'un "buen camino".
Parfois je suis gratifié d'un "adeos" qui pourrait vouloir dire "content de t'avoir rencontré mais au rythme ou tu vas (lent) on risque de ne plus jamais se revoir". Un peu vexant quand même !
Donc j'ai franchi les Pyrénées avec bonheur, grimpé les 20 km, me suis à moitié perdu dans la brume, roulé sur l'autre versant en faillant m'embrocher sur l'épée de Roland. Plus sérieusement c'est une étape de montagne magnifique où l'on quitte la France en beauté au milieu des moutons et découvre brusquement l'Espagne au col de Leopoder à 1430 m. Au pied du versant espagnol apparaît le couvent de Roncesvalles au milieu de la forêt.
C'est la première nuit dans une albuergue espagnole, en toute intimité à 120 personnes. 2 douches pour les hommes, autant pour les femmes je présume, ça fait des belles files d'attente. Se raser le matin n'est pas triste non plus quand 5 personnes font la queue derrière. Il faut faire vite sans se couper : tout un art.
Mais quand même s'endormir à 120 dans une sorte de dortoir cathédrale est une expérience unique où on perçoit une autre face du genre humain. Invitez 119 personnes dans votre chambre à coucher pour voir ce que cela peut être. C'est sûr qu'a 3 heures du matin, quand la moitié ronfle et que l'autre moitié écoute les ronfleurs, c'est plus trivial ; mais même cela quand une heure après c'est le grand silence, reste très touchant et fascinant.
La descente vers Larrasoaña, la 2e étape en Espagne, s'est faite sous la pluie. On m'avait promis des chaleurs épouvantables, ... j'étais mouillé et frigorifié. Le soir l'albuergue, une sorte de garage aménage avec un Algeco en guise de bloc sanitaire, etait très très simple. Le plus délicat étant le moment de la douche ou là, il n'y avait pas 2 douches pour les hommes et 2 pour les femmes, mais 3 pour tout le monde. Alors je ne sais pas pourquoi mais quand je suis allé prendre la mienne, il n'y avait que des femmes ... Enfin bref je me suis déshabille très vite, quand même pas très a l'aise, mais je ne suis pas sur que toutes tournaient le dos ...
De Lorrasoña je suis allé Pampelune, ai dormi à Cizur Minor (dans un superbe gîte privé), puis à Puentà La Reina où se rejoignent tous les chemins du Nord de l'Europe pour former le Camino Frances.
Ensuite Estella, Los Arcos, Logroños, Najera et Santo Domingo de la Calzada. Le chemin est beaucoup plus large qu'en France, les VTT assez nombreux. Il y a peu de villages parfois un seul sur une étape de 25 km. Les paysages sont grandioses, particulièrement le passage de la Sierra del Perdon où on laisse les Pyrénées derrière soi et où on découvre la Navarre vers l'ouest. Les fontaines sont nombreuses : on ne manque pas d'eau. Les chiens sont effectivement moins nombreux et moins agressifs qu'en France.
Mardi j'arrive à Burgos, si tout va bien. Il faut toujours rester prudent car sur le chemin les abandons sont assez nombreux et imprévisibles : Mathia, l'Italien, cheville foulée, Gilles le Québecois, genou dans le sac, Edith et Hélène les Québécoises, épuisées, qui terminent en bus, Hélène la Marseillaise, tendinite. Renoncer est chaque fois bien douloureux mais quand ça veut plus, ça veut plus !
René, le Québecois de Montreal, avec qui j'ai marché 4 jours (et beaucoup progressé en québecois qui est comme chacun sait une autre langue que le français) est plus sage en raccourcissant ses étapes, voire en s'arrêtant complètement en attendant que son pied soit moins douloureux. René, va doucement !
Voila un petit aperçu de cette première semaine espagnole. Le soleil finira sans doute par revenir en force et nous matraquer sur les plateaux de la Meseta entre Burgos et Leon, 200 km redoutés par les pèlerins, en été à cause de la chaleur, en hiver à cause du vent, de la pluie ou de la neige.
Bonne rentrée a tous,
Bises,
Olivier